Un Roman Rapsodique :
Publication en avril 1939. Classique de la littérature américaine réaliste. Il peint la lente germination de la révolte d'hommes et de femmes confrontés à une situation
économique nouvelle et insupportable.
1 : La dépression du documentaire au roman :
La matrice du roman :
150 000 migrants qui sillonnent l'Etat sans ressources et sans domicile fixe. Indispensables à l'équilibre économique de la région, ces travailleurs sont accueuillis avec
hostilité. On leur reproche leur ignorance et leur saleté.
Hoover (1929-1932)
Dans cette errance désabusée qui jour après jour abolit l'orgueil, la perte d'un enfant provoque un sursaut de dignité et fait germer une colère sourde dans ces âmes fatiguées. Processus de
déshumanisation progressive.
Ceux qui parviennent à se faire embaucher comme saisonniers à l'époque des récoltes sont victimes de l'attitude des fermiers qui les entassent dans les cantonnements minuscules et sous-équipés.
Une douche pour 400 personnes. Craignant une révolte de leurs employés, les fermiers font, en outre, garder ces installations précaires par des milices armées qui n'hésitent pas à ouvrir le feu à
la moindre incartade.
Sous la présidence de Franklin D. Roosevelt (élu en 1932), tente de venir en aide à ces travailleurs avilis. Redonner une dignité à des citoyens qui ont tout perdu semble être l'objectif de
l'intervention gouvernementale.
Ces camps permettent aux travailleurs de retrouver leur pleine dignité d'êtres humains. La qualité matérielle des équipements sanitaires sont destinés à leur faire oublier les conditions de vie
sordides des " Hoovervilles". C'est aussi le mode de gestion de ces communautés gouvernées par les résidents eux-mêmes, dans une atmosphère de socialisme utopique, qui leur procure un apaisement.
Dans ses articles, Steinbeck donne le niveau social de ces familles , et aussi la ration alimentaire typique d'une famille ordinaire : la malnutrition endémique affaiblit les adultes, menace les
enfants et compromet les chances de survi des nouveaux nés.
La moralité des migrants, les changements drastiques du paysage économique et social, la faim comme moteur de l'angoisse et de la révolte, l'opposition entre les "Hoovervilles" et les camps
gouvernementaux sont abondamment illustrés dans le roman. Le camp de Weedpatch où s'installe momentanément la famille Joad est calqué, par exemple, sur un camp gouvernemental visité par
Steinbeck.
Steinbeck mêle le reportage à la fiction. Contrairement à ses articles, son roman ne propose pas de solution ni même de conclusion. Il restitue fidèlement les conditions de vie sordides infligées
à des milliers de travailleurs en Californie. Il met des mots sur ces maux tus ; il donne une vois à tous ces fermiers marginalisés malgré eux par une société devenue anonyme.
Les migrants : document :
L'hostilité des vigiles qui gardent les fermes pour faire dégurpir les migrants est dépeinte à plusieurs reprises : Chapitre XVIII : les gardes ressemblent étrangement à des
miliciens. Chapitre XIX : le recrutement de la main d'oeuvre est effectué dans un déploiement de forces armées (p.370) La moindre protestation y est immédiatement taxée de communisme : "Il cause
comme un rouge " (p. 370).
La fonction de ces représentants de la loi est double : aider au recrutement de la main-d'oeuvre bon marché, en canalisant les foules dociles, et écarter pour l'exemple les éléments décrétés
indésirables.
La route 66 et l'itinéraire des Joads :
Il est possible de retracer précisément l'itinéraire des Joads sur une carte. Le voyage commence à Sallisaw ; un premier arrêt pour prendre de l'essence à Paden est aussi l'occasion d'affronter
les premières marques d'hostilité. Juste après Oklahoma City, à Bethany, c'est la rencontre avec une autre famille, les Wilson, qui campent au bord de la route, et c'est là que le
Grand-père Joad meurt. Après la traversée du Texas, c'est le Nouvezu-Mexique où le camion tombe en panne vingt milles après Santa Rosa. Ils pénètrent dans la région des hauts Plateaux de
l'Arizona. Après Flagstaff, ils arrivent au bord du fleuve, le Colorado, et installent leur campement à Topak. Près de Needles, Noah décide de ne pas poursuivre le voyage. Ils commencent de nuit
leur traversée du désert de Mojave. A Dagget, inspection de leurs fruits et légumes pour le passage du poste frontière. Plein d'huile et d'eau à Mojave. Ils traversent Tehachapi à l'aube et
l'immense vallée. C'est une fois en Californie que la mère révèle à sa famille que la grand-mère est morte et la signature du certificat de décès de la grand-mèr eofficialise l'arrivée en
Californie, au début du chapitre XX.
Le premier camp rencontré = Hooverville. Connie déserte, Casy part en prison, à la place de Tom et l'oncle John se soûle.
A
Bakersfield, vigiles en colère.
Chapitre XXII : Weedpatch : le camp du gouvernement. Le bal. Les provaocateurs sont neutralisés.
A Pixley, à 35 milles de Weedpatch, à la ferme Hooper, les Joads découvrent, mais trop tard, qu'en acceptant de cueillir des pêches pour une somme dérisoire, ils jouent le rôle de briseurs de
grève.
Casy, engagé dans l'action syndicale, est tué par les gardes, car on le soupçonne d'être l'ami des "rouges". Tom tue son agresseur et s'enfuit.
La famille repart jusqu'aux champs de conton et s'arrête dans un camps de wagons à une vingtaine de milles de Pixley.
Tom
se cache dans les fourrés qui bordent la rivière. Scène de la grange avec Rose de Saron.
Une dignité perdue :
Dust Bowl désigne la région allant du Texas au Dakota du Sud, qui fut envahie par des tempêtes de poussière dès novembre1933.
Les immigrés sont affublés d'un nom péjoratif, Okie, qui suffit à stigmatiser leur rejet.
"Okie" fit Tom. Qu'est-ce que c'est que ça ?
"Ben, dans le temps, c'était le surnom qu'on donnait à ceux de l'Oklahoma. Maintenant, ça revient à vous traiter d'enfant de putain"
Dès leur arrivée en Californie, lorsque les Joad s'installent dans un campement sur les rives du Colorado, ils ne tardent pas à subir cette insulte.
Contraste entre "Hoovervilles" et camps gouvernementaux :
Le contraste entre les bidonvilles spontanés issus de la crise et les camps du gouvernement fédéral de Roosevelt est repris et on retrouve dans la trame romanesque les thèmes de
ses comptes rendus journalistiques.
Chapitre XI dépeint l'installation des familles de migrants dans les "Hoovervilles". L'arrivée des Joads dans le camp gouvernemental de Weedpatch consacre le retour des hommes dans un monde
civilisé où leur dignité leur est rendue.
La capacité des enfants à se laisser surprendre par le confort moderne apporte un répit dans une tension croissante et suggère que l'acceptation d'une nouvelle donne sociale passera par la jeune
génération, qui, vierge de toute nostalgie, est déjà tournée vers l'avenir. Ces hommes retrouvent leur fierté d'êtres humains non quelement parce qu'ils peuvent restaurer leur intégrité
corporelle, mais surtout parce que le tissu social du camp les intègre au lieu de les exclure, ce que Ma Joad exprime ainsi : "Dieu soit loué. Nous avons enfin retrouvé les nôtres."
Le maintien de l'ordre par les hommes du camp eux-mêmes symbolise le retour à une communauté humaine civilisée. Le bal du samedi soir est un moyen d'intégration à la collectivité rurale au sens
large.
L'expérience des Joad au camp gouvenemental ne sera qu'une parenthèse apaisante, un arrêt momentané de leur dérive, mais n'apportera pas de solution puisque le travail manque encore.
Même dans ce lieu protégé, rien de bon ne pouvait se développer.
La peur des rouges :
Censés, dans la réalité, servir de modèle, ils furent très mal ressentis par les propriétaires terriens peu disposés à donner des conditions de vie décentes à de simples ouvriers
saisonniers.
Même s'il ne se réduit pas à un message social, ce roman contient ainsi des éléments tirés de l'expérience de l'auteur au contact des travailleurs immigrés et des observations qu'il a pu faire
sur le terrain.




