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Mercredi 30 avril 2008
par zoomette publié dans : Zoom 4 : recherches perso

Les écoles primaires doivent changer leur programme !
Dorénavant, les primaires n'auront plus l'école le samedi ! Ils n'auront pas une 4ème heure de sport par semaine, ils auront plus de français, de maths, d'instruction civique et morale. En gros, voilà les points principaux. Ils étudieront aussi la règle de trois et le futur antérieur dès le Ce2...
Faire de plus en plus de choses plus tôt... Déjà, apprendre à lire et écrire correctement serait déjà une bonne chose ! Mais bon, on tente de bourrer le crâne des élèves... Et qu'en est-il de l'anglais ??!!
En Ecosse, ils apprennent l'anglais à partir de la maternelle ! Qui sait, ils seront peut-être bilingues plus tard ?! En tout cas, on doit savoir de plus en plus de choses. Les diplômes deviennent trop durs et pas faciles à avoir... Les concours, n'en parlont pas ! Et après, en ayant tous ces diplômes, on n'a pas de travail !
Où va la France ! Des fois, je me le demande !

Zoomette.

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Dimanche 16 mars 2008
par zoomette publié dans : Zoom 2 : lectures personnelles communauté : Livres anglais/français




        

Ce livre est un recueil de nouvelles aussi bien les unes que les autres. J'ai bien aimé car elles se lisent facilement et elles parlent de situations de tous les jours. Ce sont les pensées des gens, ce qu'ils ressentent, ce qui leur arrive... Parfois ce sont des choses anodines, mais tout le monde passe par là. C'est comme si moi j'écrivais des passages de ma vie. Je trouve ça génial. Bon, il est vrai que quelques histoires dans ce livre n'arrivent pas à tout le monde. Mais c'est si bien raconté ! Dommage d'ailleurs que ce ne sont que des nouvelles, car j'aurais bien aimé savoir la suite ! Mais bon, place à l'imagination !

4ème de couverture :
"Quand j'arrive à la gare de l'Est, j'espère toujours secrétement qu'il y aura quelqu'un pour m'attendre. C'est con. J'ai beau savoir que ma mère est encore au boulot à cette heure-là et que Marc n'est pas du genre à traverser la banlieue pour porter mon sac, j'ai toujours cet espoir débile."

Les personnages de ces 12 nouvelles sont pleins d'espoir futile, ou de désespoir grave. Ils ne cherchent pas à changer le monde. Quoi qu'il leur arrive, ils n'ont rien à prouver. Ils ne sont pas héroïques. Simplement humains. On les croise tous les jours sans leur prêter attention, sans se rendre compte de la charge d'émotion qu'ils transportent et que révèle tout à coup la plume si juste d'Anna Gavalda. En pointant sur eux ce projecteur, elle éclaire par ricochet nos propres existences.

Anna Gavalda : elle est née en 1970 et vit en région parisienne. Elle est aussi l'auteur de Je l'aimais et de Ensemble, c'est tout également parus aux Editions J'ai lu. Ses livres connaissent un immense succès.

Ma note : ♥♥♥
Je vous le conseille vivement !



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Samedi 15 mars 2008
par zoomette publié dans : Zoom 1 : sujet d'études
                                       

The Idea of a National History: Past and Present :
Vous pouvez aller voir la vidéo ici -->
cliquez ici 
Vous pouvez écouter le podcast (1ère partie) ici -->
cliquez ici
Vous pouvez écouter le podcast (2ème partie) ici --> cliquez ici

Democratic governance: Reflections on Devolution, Nationality, and Participation  
Vous pouvez écouter le podcast ici --> cliquez ici

The New Scotland - The End of the Old UK?
Vous pouvez écouter le podcast ici -->
cliquez ici

Discussion animée par Keith Dixon, professeur de civilisation britannique à l’Université Lyon II
Vous pouvez écouter le podcast (1ère partie) ici --> cliquez ici
Vous pouvez écouter le podcast (2ème partie) ici --> cliquez ici

Voilà ! J'espère que vous allez vous cultiver avec tout cela ! Sachez qu'il faut attendre un peu avant la connection au podcast ! Soyez patients !
Zoomette

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Jeudi 6 mars 2008
par zoomette publié dans : Zoom 1 : sujet d'études

7. Une odyssée familiale :

L'aventure de ce déplacement familial va transformer la distribution des rôles et des responsabilités, comme si la perte du foyer destabilisait l'ensemble. Jim Casy met involontairement l'accent sur cette perte en voulant souligner la joie d'assister au retour de Tom chez lui après ses années de pénitencier.

Le camion, moteur de l'intrigue :

Les Joads décident de prendre la route à bord d'une Hudson Super-Six. Al est chargé de l'achat et de la vérification mécanique de l'engin qui doit subir des transformations pour devenir une sorte de camion de déménagement.
Le camion joue également un rôle clé dans le rythme du déroulement de l'intrigue : chargé des déplacements, il justifie aussi les arrêts, prètextes à autant d'incidents qui se transforment en épisodes de l'histoire des Joad.
La chaleur du moteur et le besoin d'essence imposent un premier arrêt, qui permet, au chapitre 13, la rencontre avec la famille Wilson, qui jouera un rôle crucial au moment de la mort du grand-père.
Le cheminement du convoi des deux familles est interrompu par la panne du camion des Wilson. Afin de réparer le camion des Wilson, Tom propose de rester en arrière avec le pasteur et de retrouver le reste de la famille en Californie.C'est l'occasion pour la mère de prouver sa force de caractère : elle s'oppose violemment à la séparation de la famille.
C'est ensuite une crevaison qui oblige le camion à s'arrêter sur le bord de la route où a lieu la rencontre avec l'homme qui recrute des travailleurs pour cueillir des pêches. 
Plus loin sur la route, sous la chute de trombes d'eau, le moteur est noyé, la batterie à plat. Cette panne, qui interrompt le voyage, est à l'origine de la dernière étape du roman.
Les déplacements du camion et ses arrêts favorisent des rencontres ou des crises autour desquelles se soude la famille Joad, nourrissant ainsi l'un des grands thèmes structurant du roman : la famille Joad se déplace sur la route et, chemin faisant, elle se délite et s'élargit en même temps.
Le camion sert désormais de centre à cette famille privée d'un foyer, ce qui ne va pas sans certaines modofications des configurations habituelles.

Les pères détrônés :

La structure de la famille Joad obéit à des règles traditionnelles où les hommes occupent la place de chef; le sexe, mais aussi l'âge déterminent un rang. Ainsi, les places dans le camion de l'exode sont assignées d'après la position dans la hiérarchie familiale.
Cependant, la nature même du moyen utilisé pour déménager la famille, ce fameux camion, objet de tant de soins, induit de légers glissements qui peu à peu imposent un ordre différent.
Ainsi, ce ne sont pas les qualités morales où l'âge de Al qui lui donnent tant de responsabilités mais le fait qu'il soit le seul à s'y connaître en mécanique. La responsabilité s'est ainsi déplacée insensiblement et le père devient un instrument au service de son fils et de la machine.
La fonction de chef autrefois remplie par les pères n'est plue mentionnée que pour mémoire, comme un fait oublié.C'est désormais le marchepied du camion qui fournit un "trône" dérisoire à ce roi destitué.
Lorsque le camp de Weedpatch s'avère incapable de leur fournir du travail, c'est la mère qui impose brusquement la décision de partir.
"Les choses ont changé, à ce qu'il paraît, dit-il d'un ton sarcastique. Dans le temps, c'étaient les hommes qui décidaient".
Car c'est la mère qui prend le commandement de la famille Joad.

La femme pionnière :

La mère est simplement appelée "Ma" en anglais. La traduction française n'est pas très heureuse car "Man" fait plutôt penser à un homme. Peut-être aurait-il fallut garder "Ma" ou bien choisir l'abréviation familière "M'man". Nous choisirons l'appelation Ma Joad, ou Ma tout court.
Ma Joad n'a pas de prénom. Elle apparaît d'emblée douée d'une très grande force de caractère. Le portrait physique qui est fait d'elle au chapitre 8 insiste sur la fermeté et la bonté émanant de son visage, sa compréhension surhumaine.
Nourricière, forte, indestructible, elle fait preuve d'endurance et de ténacité.
Le personnage de Ma Joad acquiert une noblesse tragique lorsqu'elle ne dévoile pas la mort de la grand-mère de peur de compromettre le passage en Californie.
Lorsqu'elle annonce que la grand-mère est morte, la famille est impressionnée.
Plaçant le respect des morts au-dessus de celui des lois, la mère du clan s'inscrit dans la lignée de l'Antigone de Sophocle.
Mais Ma ne s'exprime pas seulement par des silences et de la retenue. Elle connaît des accès de violence physique. Pour essayer de comprendre comment on a pu obliger sa famille à partir, Tom évoque, par une anecdocte assez savoureuse, le caractère irritable de sa mère.
De même, lorsqu'il est question que Tom et Casy quittent le groupe pour le rejoindre seulement en Californie, Ma saisit un cric et en menace son mari pour empêcher la famille de se scinder.
De nouveau à l'arrivée à Needles, elle menace le policier qui lui a manqué de respect.
Le courage physique est allié à une grande pudeur et Ma ne se laisse pas aller à exprimer ses émotions car elle se sait observée.
Mais bien qu'elle soit magnifiée, Ma Joad n'est pas idéalisée. Elle connaît la peur et la vantardise. Ainsi, lorsque Tom lui demande si elle redoute de quitter son foyer, elle ne le nie pas. A l'arrivée au camp de Weedpatch, elle fait montre d'une fierté un peu grandiloquente.
En gardienne protectrice du foyer, elle veille sur les siens. Les habitudes communautaires du camp de Weedpatch font resurgir les réflexes des convenances de bon voisinage et l'aident à retrouver une confiance perdue en sa dignité d'être humain : elle morigène Rose de Saron qui se plaint, surtout depuis que son mari Connie l'a abandonnée.
Ma Joad incarne la femme de la Frontière, la pionnière habituée à affronter le noir et la sauvagerie inconnue.
La mère, vue par Steinbeck, est une mère archétypale, qui, garante des valeurs ancestrales, n'a pas de doute sur la répartition des rôles entre les sexes.
Ma Joad exprime pourtant une certaine ambivalence concernant le rôle, limité qui est le sien, de pourvoir à la nourriture.
Car la mère sait bien que la famine est spirituelle aussi. Elle en a conscience puisqu'elle invite Jim Casy à faire le voyage avec eux, et le défend contre les critiques de sa famille.
La mère ne se contente pas d'assurer la subsistance quotidienne, elle porte en elle des pensées qui, même tues, anticipent sur l'avenir familial. Ainsi, la distinction qu'elle énonce entre "vouloir et pouvoir" résume sa conception de l'hospitalité. Au père qui lui demande avant le départ s'ils pourront nourrir une bouche de plus, Ma répond fermement : "C'est pas pourrons-nous, c'est voudrons-nous."
Ses convictions s'énoncent avec la concision de sentences.
Pour elle, les femmes sont plus proches que les hommes du flux de la vie. 
Ma est aussi celle qui transmet à sa fille enceinte, Rose de Saron, l'idée de la solitude d'un destin féminin.
Puis Ma élargit le champ de sa pensée jusqu'à une réflexion pholosophique où cette solitude fondamentale devient sagesse qui, en relativisant l'importance des événements, aide à vivre.
Avant d'offrir à Rose de Saron les boucles d'oreilles qu'elle a sauvées du déménagement, la mère accomplit le geste initiatique de percer les oreilles de sa fille. Les gouttes de sang offertes à la mère signifient que Rose de Saron n'est plus une enfant, qu'elle accède au statut de femme. 

L'indestructible Rose :

Malgré un trait moins appuyé, l'auteur fait de Rose de Saron l'autre femme indestructible du roman.
Le prénom de Rose de Saron est emprunté au Cantique des Cantiques.
Rose de Saron est très vite présentée comme la maternité incarnée, nimbée d'une auréole de bonheur secret.
Son unique souci étant l'enfant qu'elle porte, tous les événements extérieurs sont interprétés comme des indices divinatoires. Ainsi la mort brutale du chien suscite-t-elle ses craintes. Du point de vue du récit, l'incident peut ressembler à l'évocation prémonitoire de la mort de son enfant.
Avec son mari Connie elle a des rêves assez puériles, tel que celui d'avoir "de la glace et des tas de choses", mais ce qui se dégage surtout des dialogues entre Connie et Rose, c'est l'impression d'une sensualité adolescente exaspérée par la chaleur et l'absence d'intimité. 
Lorsque Connie disparaît sans prévenir personne, la jeune épouse délaissée n'y croit pas. Elle fait montre d'une naïveté assez désarmante. 
Rien dans l'attitude de la jeune femme craintive et parfois puérile ne laisse anticiper la scène finale sur laquelle se referme le roman.
C'est seulement dans les dernières pages du roman que le personnage de Rose de Saron s'épaissit et acquiert une noblesse imprévisible. 

Tom, le fils prodigue :

Tom, le fils préféré, et aussi le plus fragile. 
Il apparaît, par l'entremise de Jim Casy, comme le fils prodigue de la parabole. 
La situation juridique de Tom Joad est connue dès les premières pages du roman.
On séjour au pénitencier de Mac Alester dans l'Oklahoma ne lui a pas laissé que de mauvais souvenirs. Plus tard, la pénurie de tabac lui fera même regretter la prison. 
Contraint par les circonstances de franchir néanmoins les limites de l'Etat, Tom représente un danger pour la famille Joad, car il est littéralement un hors-la-loi.
Du fait de son passé chargé, il reste un peu en retrait par rapport aux événements qui touchent sa famille. Mais il est aussi celui qui supporte le moins l'humiliation. 
Sa bonne volonté s'épuise au contact de l'injustice. Au moment de l'altércation avec les forces de l'ordre, il fait un croc-en-jambe au shérif adjoint, et Jim Casy propose de se substituer à lui pour lui éviter la prison. 
Il franchit la ligne décisive qui signera sa perte, lorsque, exaspéré, il ne reconnaît plus aucune autorité aux représentants de l'ordre. 
Finalement, les circonstances l'entraînent, une fois encore, à tuer un homme, et c'est le meurtre de l'assassin de Casy qui le condamne à la clandestinité.
La conversion de Tom est intéressante puisque, après la mort de Casy, il se rappelle les citations bibliques de Casy : L'Ecclésiaste et le Deutéronome. Mais, de même qu'après sa retraite dans les collines, Jim Casy avait tourné le dos à la sombre religion calviniste, de même Tom s'en remet à une vision panthéiste qui évoque "l'Ame suprême" du philosophe transcendantaliste Ralph Waldo Emerson. 
Tom promet de se fondre dans l'univers pour partager la grande âme commune à tous.
Il se voit continuer à partager la vie de sa famille d'une manière invisible et diffuse. 
Certes, ce mysticisme vague ne constitue pas une solution à l'impasse dans laquelle se trouvent Tom et sa famille. L'action collective, en revanche, qui distend les limites de la famille en s'ouvrant sur la communauté contient pour Steinbeck les germes d'un renouveau possible et souhaitable.

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Mercredi 5 mars 2008
par zoomette publié dans : Zoom 1 : sujet d'études
6. Les comportements humains :

Une technique d'observation : 

D'une manière générale, les émissaires des propriétaires, qui tiennent lieu de force de l'ordre, sont décrits sans tendresse. Leur aspect physique est caricaturé, surtout dans les chapitres intercalaires, comme au chapitre 19.
Ce trait physique est perçu comme symptomatique : les shérifs sont gros et gras. Dans cette colonie affamée, la sympathie est maigre, la graisse est signe d'arrogance.
Ces descriptions outrées sont pour Steinbeck l'occasion de mettre à nu les procédés inventés par des hommes alors que tous sont pris dans l'engrenage d'un système trop puissant pour eux.

Des hommes accroupis :

Plutôt que de se livrer ouvertement à des analyses psychologiques, Steinbeck choisit de souligner comme révélatrice de l'état des âmes la posture des corps; ainsi celle des hommes accroupis (squatting) en cercle, signe d'une prise de décision alors que les femmes restent à l'écart avec les enfants.
C'est au chapitre 5 que Steinbeck introduit la figure du cercle des hommes assis sur leurs talons à la fois perplexes et réunis pour trouver une soltuion commune. La reprise de cette figure, "les hommes accroupis" manifeste la volonté de Steinbeck de rappeler le schéma traditionnel du fonctionnement familial auquel se conforme le groupe. 
Chaque fois qu'une décision familiale importante doit être prise, la figure du cercle des hommes accroupis revient comme un symbole de la détermination du groupe à ne pas céder au désarroi individuel : au chapitre 10, le conseil de famille se reforme en un cercle restreint dont la hiérarchie est marquée par la chronologie des apparitions.
Lorsque les hommes sont décrits dans une autre posture, c'est le signe d'un aveu de faiblesse et de découragement.

De la famine à la colère :

Vaincre la faim est le principal sujet de préoccupation et le porc hante les conversations.
Le manque de nourriture signe le dérèglement économique et social, mais il dérègle aussi les comportements, car la faim rend égoïste.
La plupart du temps, les hommes affamés oublient le devoir de solidarité devant la nécessité de se nourrir.
Lorsque Ma Joad s'indigne du prix de la viande au magasin du camp, elle met en cause l'employé qui fait le jeu des affameurs.
Pourtant Steinbeck n'induit aucun jugement de valeur, il se contente de montrer l'obligation qui es tfaite à ces hommes acculés par les différents pouvoirs de l'argent de se battre avec plus ou moins de noblesse pour simplement assurer la survie de leur famille.
La mère est la seule qui n'oublie jamais de se préoccuper des autres. Lorsque Tom apprend à sa mère que Noah ne continue pas le voyage avec eux, sa réaction est simple : "Comment qu'il fera pour se nourrir ?"
La première fois que nous la voyons, elle prépare le petit déjeuner de la famille Joad avant le départ. Mère nourricière, elle ne nourrit pas uniquement sa propre famille, mais rassemble autour d'elle les enfants affamés. Ma détourne le regard pour ne pas voir le spectacle d'enfants maléfiques raclant le fond de sa marmite. 
Sependant, Steinbeck manie habilement le paradoxe en montrant que si la faim affaiblit l'homme et le rend vulnérable, elle l'aiguillonne aussi et le pousse à se battre.
Le chapitre intercalaire 19 établit une sorte d'équivalence entre la faim et la combativité. Il démonte le mécanisme qui transforme les cultivateurs terriens attachés à leur sol en de vulgaires commerçants soumis aux lois du marché.
Il est implicite pour Steinbeck que si la faim disloque (la morale, le groupe), la colère rassemble (la personne, la communauté).
A de nombreuses reprises dans l'histoire des Joads, la colère est présentée comme une valeur positive. Loin de s'incliner devant l'autorité de son mari, Ma affronte Pa et le provoque physiquement, au moment où il faut quitter le camp de Weedpatch.
Elle avoue à Tom qu'elle a suscité la colère de Pa pour lui éviter de se morfondre, montrant ainsi qu'elle domine la situation et qu'elle adapte son comportement aux besoins de son entourage. La colère est présentée comme un signe de vitalité nécessaire pour lutter contre l'oppression mais aussi la dépression. 
Les chapitres intercalaires renforcent cette image de la colère détournée en force vitale. L'attitude des femmes, qui comptent sur la réaction des hommes et continuent à croire en eux, reste la même d'un bout à l'autre du roman. Cette attente patiente des femmes s'exprime de manière semblable au premier et à l'avant-dernier chapitre. 
La voix narrative se place à la fois à l'intérieur du groupe et à l'extérieur des personnes dont il ne dévoile pas la vie intime. Il nous donne à lire les signes visibles à l'oeil nu : échange de regards et de postures physiques. La peur cède la place à la colère. Aucune parole n'est échangée mais le message est clair.
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Mardi 4 mars 2008
par zoomette publié dans : Zoom 1 : sujet d'études
5. De la Bible au Pamphlet :

Le titre : échos bibliques :

"Nous avons enfin trouvé un titre Les raisins de la colère d'après The Battle Hymn of the Republic" (1862). Composé par Julia Ward Howe (1819-1910), ce chant antiesclavagiste, célèbre pendant la guerre de Sécession, résume pour Steinbeck un esprit révolutionnaire américain, la vérité mise en marche.

Au dire de Steinbeck, c'est Carol, sa première femme, qui eut cette idée originale. Cela justifie la dédicace du livre "To Carol who willed it" ("A Carole, qui l'a voulu")
"To Tom who lived it" ( "A Tom qui l'a vécu")  s'adresse à Thomas Collins, gérant d'un camp modèle mis en place par la Farm Security Administration, et qui servit de modèle à Jim Rawley, le directeur du camp de Weedpatch où la famille Joad trouve à la fois confort matériel et respect humain. C'est avec Tom Collins que Steinbeck a silloné les routes de Californie à la recherche de documents de première main. 
Pour Steinbeck, l'origine patriotique de cette expression, trouvée dans un vieux chant des plantations, élargit à la nation tout entière le destin des Joad.
Le titre de la traduction française, Les raisins de la colère, gomme le caractère archaïsant du mot wrath qui évoque immédiatement la Bible pour un lecteur anglo-saxon.
Dans la Révélation (chap. 14), le vin de la colère divine figure parmi les prophéties de l'Apocalypse : "dans la cuve de la colère de Dieu" : "into the great winepress of the wrath of God" Le mot Wrath est associé à Dieu. Les raisins sont le symbole de la perdition.
Les grappes de raisin d'où l'on tire le vin conjuguent les notions d'Eucharistie, donc de pardon, et celles d'Apocalypse, donc de vengeance du dieu de l'Ancien Testament.
Dans le roman, le raisin conserve cette double valeur d'abondance et d'amertume.
La vision paradisiaque de la Californie restera attachée au souvenir du grand-père décédé avant d'avoir seulement vu l'ombre de son rêve se réaliser. 
Les raisins qui fermentent sont aussi l'image d'une colère sourde qui s'amplifie : "Dans l'âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendanges prochaines.
Jim Casy concentre de nombreux retours au texte même de la Bible, soutenant une critique plus ou moins implicite de la religion établie au profit d'une prise de conscience sociale et politique. Sans dire que Jim Casy est le porte-parole de l'auteur, ce qui simplifierai son rôle à l'extrême, il est possible de voir autour de lui se focaliser les options fondamentales de Steinbeck.

Jim Casy, visionnaire :

Figure christique (J.C), Jim Casy, l'ancien prêtre, raconte sa version, à l'issue de laquelle il énonce une morale pragmatique, donc fondée sur l'expérience. Il renonce à juger.
La morale très peu conventionnelle de Casy surprend son entourage. Ma déclare, pensive : "Ce Casy, il en arrive à penser que du moment que les gens font quéqu'chose, c'est ce qu'ils devaient faire"
La mort du grand-père le confronte à la nécessité d'inventer une morale hors du droit chemin. Ce premier enterrement sans sépulture officielle est un premier manquement à l'observation des lois. Casy cautionne le respect dû aux morts, quitte à désobéir à la loi civile : "On a le droit de faire ce qu'il faut qu'on fasse".
La page de garde de la Bible des Wilson servira à rédiger le petit mot d'explication placé à côté du corps du grand-père. Constellé de fautes d'orthographe, le message indique les circonstances de sa mort, naturelle ("mort d'un cou de sand"). Ils cherchent ensuite "quequ'chose de l'Ecriture pour que ça fasse religieux".
La mère partage avec Casy cette spiritualité diffuse et c'est elle qui insicte pour qu'il vienne avec eux jusqu'en Californie.
Alter ego de Tom, fils adoptif de Ma, Jim Casy est est aussi celui qui se lance dans l'action et paie de sa vie son engagement syndical.
Après son passage en prison, lorsqu'il retrouve Tom, Jim semble avoir compris ce qu'il cherchait dans la solitude.

"C'est la misère qu'est cause de tout" Ses harangues et ses incitations à s'organiser pour lutter contre les affameurs lui valent d'être abattu comme un chien, le crâne écrasé par un manche de pioche, au cri de "Ta gueule, sale rouge !". La sobriété de la description de ce meurtre brutal lui confère une intensité dramatique extrême. Les dernières paroles de Jim Casy ont une tonalité christique : "Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous faites. Vous aidez à affamer des petits enfants". En anglais la formulation évoque plus directement les derniers mots du Christ : "You fellas don't know what you're doin'. You're helpin' to starve kids".
Jim Casy, malgré sa silhouette d'imprécateur un peu fou, incarne l'homme nouveau. Sa fin tragique en dit long sur l'amertume de Steinbeck vis-à-vis des forces négatives d'une société dont la morale est fondée sur l'argent au mépris de la valeur de l'homme.

Les versets prophétiques :

C'est surtout dans les chapitres intercalaires que Steinbeck développe les motifs forts de son roman social et protestataire. Lorsqu'il veut marquer une différence entre ces chapitres et le récit proprement dit, Steinbeck a souvent recours au temps présent, un présent gnomique.
Au chapitre 25, l'utilisation du présent confère ainsi une portée universelle à la notion de pourrissement. 
Empruntant au vocabulaire de la biologie (anlage, germe, zygote), Steinbeck décrit le processus d'union face à l'oppression comme une division cellulaire. Le passage du "je" au "nous" est ainsi présenté comme aussi inévitable que la reproduction cellulaire de l'embryon : Car le "L'ai perdu ma terre" a changé; une cellule s'est partagée en deux et de ce partage naît la chose que vous haïssez : "Nous avons perdu notre terre." C'est là qu'est le danger, car deux hommes ne sont pas si solitaires, si désemparés qu'un seul."

La tentation révolutionnaire :

Une véritable hystérie anticommuniste a d'ailleurs été déclenchée par ce roman et Steinbeck fut inquiété par le F.B.I.
Loin de vouloir bouleverser la société, Steinbeck répond que les noms ont été légèrement modifiés : il s'agit non pas de "The Farmer's Association" et de "The Bank of the West", mais de "Associated Farmers" et "The Bank of America3. Le subterfuge ne trompa personne et Steinbeck reçut des menaces de mort de l'Association des Fermiers. Son livre fut censuré voire brûlé dans plusieurs Etats.
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Lundi 3 mars 2008
par zoomette publié dans : Zoom 1 : sujet d'études
4. La veine réaliste : 

L'un des charmes de ce roman tient à la verve que Steinbeck attribue à ces paysans d'une Amérique profonde. 
En particulier dans les chapitres narratifs mais également dans les chapitres intercalaires construits comme des dialogues fictifs, Steinbeck accentue le réalisme, en privilégiant une langue censée mimer le parler populaire des paysans américains dans les années trente.
Les constructions grammaticales fautives ont été corrigées en français.

Truculence du verbe :

Les métaphores animales servent souvent à décrire la sexualité un peu débridée de ces hommes restés proches de leur instinct : le jeune Al, qui a 16 ans, est "en train de courir les filles comme un bouc en chaleur". Le grand-père reconnaît en lui "De mon temps j'étais comme toi, un foutriquet qui ne pensait qu'à courir comme un bouc en chaleur et à faire des conneries". 
A présent, le grand-père traîne sa dégaine de vieillard grotesque dans la cour de la maison désertée. Ses gestes ne connaissent plus la retenue sociale, ce que Steinbeck évoque assez crûment : "Ses doigts furieux réussirent à déboutonner les deux seuls boutons de sa braguette qui étaient boutonnés. Et sa main oublia ce qu'elle était en train de faire. Elle plongea dans l'ouverture et se mit à gratter complaisamment le dessous des testicules."

Débris d'une Amérique détruite :

Le romancier donne à voir des panneaux publicitaires et, avant même d'avoir entendu les vendeurs, cités en voix off sans guillemets d'introduction comme pour figurer la voix du vendeur type, le lecteur est saisi par le vide sidéral de ces transactions sans fond et sans fin. Les marques de voiture, outre l'effet de réel qu'elles provoquent, crééent aussi une musique typiquement américaine. Signes de la puissance industrielle de l'Amérique des années 20, ces noms de voiture égrènent les syllabes d'un rêve brillant et disparu.

Références populaires :

Ancré dans la culture populaire des années 30, le roman l'est aussi par les nombreuses références à des chansons sentimentales fredonnées sans y penser.
Steinbeck évoque une atmosphère d'époque, représentée par ces noms aussi populaires que les publicités de Coca-Cola.
Si les allusions aux chanteurs populaires étaient destinés à séduire ses lecteurs, certains emprunts à l'argot de l'époque ont necessité un mot d'explication, même pour les contemporains de Steinbeck, puisque son éditeur a commenté d'un point d'interrogation l'expression suivante : "Isywybad ?" et Steinbeck de lui fournir une réponse dans la marge; cet agrégat de lettres reprend l'initiale des mots suivants : "If I Tell You Will You Buy a Drink . (Get it ?)" "Si je te le dis, tu paies un coup à boire. (Pigé?)")
Ainsi, parsemé d'images et sons banals pour l'époque, le récit de Steinbeck s'inscrit davantage dans une réalité à laquelle il est important que son lecteur s'identifie. Pour le lecteur actuel, les signes sont évidemment moins immédiats, même s'ils ne sont pas très difficiles à déchiffrer. Sous la rubrique "choses vues et entendues", leur présence même authentifie la réalité décrite par Steinbeck.
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Dimanche 2 mars 2008
par zoomette publié dans : Zoom 1 : sujet d'études
3. Des valeurs bafouées :

L'ouest rêvé :

Le grand-père est une véritable caricature du vieux pionnier qui connut son heure de gloire en pourchassant les Indiens. Reprenant cette mythologie familiale nationale, Tom rappelle les exploits supposés de son ailleul.
Les migrants de la route 66 ont en commun avec les premiers pionniers le désir de découvrir en Californie une terre nouvelle où assouvir leur désir de liberté et d'indépendance. Jetés sur la route pour survivre, ils quêtent le travail et se heurtent aux rouages d'un système économique où le surplus de main-d'oeuvre renforce jusqu'à l'excès le pouvoir des propriétaires terriens. 

Le mythe pastoral : 

La terre s'oppose à l'acier, l'humain à la machine, version contemporaine du monstre.
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Samedi 1 mars 2008
par zoomette publié dans : Zoom 1 : sujet d'études

2. Structure du roman :

Il crée un monde imaginaire d'autant plus convaincant que l'architecture de l'ensemble permet des échos et des reprises, entre les chapitres généraux et les chapitres proprement narratifs. Fondée sur un principe de juxtaposition, cette composition donne à l'ouvrage un rythme vital de contraction et d'expansion. 
La véritable invention de Steinbeck consiste à faire altérner des chapitres où se déroule une histoire, celle de la famille Joad, dans une tradition réaliste émaillée de dialogues pleins de truculence, et des chapitres intercalaires aux styles très divers où s'esquisse en filigrane la description exacte d'une société en déroute dans on monde où le progrès fait des ravages.

Les chapitres intercalaires :

16 sur 32 chapitres : chap 1, 3, 5, 7, 9, 11, 12, 14, 15, 17, 19, 21, 23, 25, 27, 29. = une centaine de pages, soit 1/6 ème des 600 et quelques pages du roman. Ces chapitres contribuent à donner de l'ampleur à l'ensemble. Il sont concentrés sur des aspects économiques, sociaux et humains mettent en perspective l'aventure singulière de la famille Joad et lui donnent une portée plus grande. Les chapitres intercalaires ne sont pas destinés à être lus séparément car ils entretiennent des liens très étroits avec les chapitres relatant la saga de la famille Joad. Ils contribuent à l'économie générale de l'oeuvre. Ils leur confère la valeur de poèmes en prose et participe à la tonalité originale de cette "symphonie dissonante".
Le récit consacré à la famille Joad est entrecoupé de chapitres panoramiques où les Joads n'apparaissent pas. Tissant le contexte économique, géographique et social dans lequel se déroulent les aventures de la famille Joad, ces chapitres ne sont pas séparables. Ils sont tout aussi indispensables à la texture du roman.

Correspondance et dissonance : 

Les chapitres intercalaires entretiennent des liens thématiques étroits avec ceux qui suivent le parcours de la famille Joad. Le premier chapitre est un peu à part : il décrit un paysage de l'Oklahoma meurtri par la sécheresse et des hommes pétrifiés devant ce spectacle désolé.

Le chapitre 2 voit l'arrivée de Tom, le fils de la famille Joad, qui, de retour de prison, n'est au courant de rien.

Le premier chapitre véritablement intercalaire est le 3ème. La tortue relie les chapitres 3 et 4 puisqu'au chapitre suivant (le 4ème) une tortue se retrouve dans la poche de Tom Joad au moment où il rencontre l'ancien pasteur Jim Casy, qui voit dans la ténacité indomptable du petit animal une image de la volonté qui fut la sienne et qui sera celle des Joad.

Les aventures de la tortue semble prémonitoires du destin des Joads. La tortue résiste aux assauts de la fourmi rouge et à la tentative de la camionnette pour l'écraser ; de même, les Joad ploieront sous les coups répétés de la sécheresse et de l'arrivée brutale des propriétaires armés de leurs bulldozers. Le parallélisme entre le monde animal et le monde humain va s'accentuer et se modifier au cours du roman. 
Le chapitre intercalaire 5 décrit comment les banques et les grandes compagnies finissent par chasser les fermiers de leurs terres. Des détails relient ce chapitre au précédent et au suivant ; au chapitre 4, Tom raconte à Casy que la maison des Joad a été coupée en 2, et au chapitre intercalaire 5, un tracteur démolit une maison. 
Un tel détail ténu établit un lien entre un chapitre intercalaire qui brosse des événements, des tableaux économiques et sociaux, et un chapitre qui montre leurs conséquences sur la réalité telle que la vit en particulier la famille Joad.
Lorque le chapitre 6 nous apprend que les Joad s'apprêtent à rejoindre les immigrés filant vers la Californie, le chapitre 7 fait une présentation de la confrérie des marchands de voiture d'occasion. Le chapitre suivant (8) prolonge le thème puisque le père, Pa, est en train de modifier la forme d'un camion, Hudson Super-Six, pour l'adapter aux besoin du déménagement. S'il n'est pas explicité, le lien entre les 2 chapitres semble aller de soi.
Au chapitre 9, ce sont les effets personnels des migrants et les outils agricoles devenus obsolètes qui sont vendus pour une poignée de monnaie. Le chapitre 10 voit la famille Joad se défaire avec amertume de ses objets les plus précieux. Ce qui au chapitre 9, était présenté comme une loi générale inexorable se retrouve vécu par la famille Joad au chapitre suivant. 
Le chapitre 11 termine la première partie du roman en tournant la page de l'histoire des Joad sur leur terre fertile de l'Oklahoma devenus "terre vaine". 
C'est la rupture de l'alternance habituelle entre chapitres narratifs et intercalaires qui souligne une nouvelle étape dans le roman, puisque le chapitre 17, intercalaire, comme le précédent, s'ouvre sur la route 66. 
Le chapitre 13 voit le départ de la famille Joad de Sallisaw à bord de la Hudson Super-Six. 
Le chapitre 15 rompt pour la deuxième fois l'alternance des chapitres en présentant une scène type de la route 66 où les riches et les pauvres se croisent au poste d'essence. 
Le chapitre 16 : Joad + Wilson. 
Le chapitre intercalaire 17 donne une vision en surplomb du flot des migrants, qui, en voiture ou en camion, se rassemblent comme les troupeaux, à la nuit tombante autour des points d'eau.
Le chapitre 18 introduit la 3ème et dernière partie située en Californie : il peint la vie dans les "Hoovervilles" et le chapitre 20, à la suite, décrit les Joad dans leur premier camp de misère. 
Les chapitres 21 et 23 évoquent la colère qui monte quand la faim s'installe et, d'autre part, le besoin de distractions simples ressenti par tous les migrants.
Les chapitres 22 et 24 décrivent en détail la vie des Joads au camp gouvernemental de Weedpatch. 
Malgré leur différence structurelle, les chapitres se relient facilement entre eux par leur thématique commune : l'histoire des Joad incarne ce qui est présenté de manière plus générique dans les chapitres intercalaires. Certains chapitres intercalaires qui paraissent de prime abord juxtaposés sans lien sont de fait rassemblés par un style particulier qui impose une ressemblance. Le style parlé de ces déclarations présentées comme des conversations animées renforce le lien avec les chapitres consacrés à la famille Joad , où les dialogues font partie de l'ordinaire du roman réaliste. Cette mise en scène dramatique, qui souligne et amplifie jusqu'à l'universel le destin  singulier des Joad, évoque la fonction du Choeur antique.
En effet, les chapitres intercalaires ne suivent pas la séquence temporelle des chapitres narratifs. 
Le chapitre 15 s'ouvre sur ces mots : "Le printemps est merveilleux en Californie." La mention du printemps à ce stade du récit paraît curieuse vu que la chronologie du récit indique que l'action se situe en automne. Steinbeck est très ferme dans sa réponse : les chapitres intercalaires s'inscrivent dans leur propre cycle saisonnier indépendamment du fil de la narration.
L'auteur revendique une autonomie des chapitres intercalaires limitée à leur situation temporelle.
Au chapitre 26, les Joad quittent le camp de Weedpatch. Tom, qui a tué un homme, se cache. 
Le chapitre intercalaire 27 cite des affiches annoçant qu'on cherche des travailleurs pour la cueillette du coton.
Le chapitre 28 est tourné vers Tom.
Le chapitre intercalaire 29 est une vision de déluge. Il est à lire en parallèle avec le chapitre 30, qui termine le récit ainsi que le roman, sans pour autant clore l'intrigue. 

L'absence de clôture narrative :

Rose de Saron accouche d'un enfant mort-né. Rencontrant un affamé dans la grange où la famille Joad fuit les pluies torrentielles, Rose de Saron et sa mère n'ont besoin que d'un échange de regards pour prendre la décision.
Ce simple "oui" est un acquiescement à la vie : Rose de Saron sauve l'homme affamé en lui offrant son sein gonflé de lait.
Le roman se referme sur le mystère de ce sourire de Joconde. Au moment de sa rencontre avec la sorcière bigote, Rose de Saron avait mentionné un souvenir d'enfance : "Une fois à l'école, on a donné la Nativité, le jour de Noël". La scène de la grange rejoue ce motif religieux traditionnel.
Le sourire énigmatique de Rose de Saron ne dit rien du destin de la famille Joad. L'avenir de Tom ne se laisse pas deviner. 
Dans cette fin, le chapitre narratif rejoint la tonalité des chapitres intercalaires en arrêtant la ligne du récit non pas sur un point final, mais sur un point d'interrogation. Le roman se referme sur un tableau nimbé d'une beauté classique, qui échappe au temps et à son cadre purement américain.
Malgré la dimension intemporelle de cette fin, Les raisins de la colère est un roman très américain au sens où il prend sa source dans un imaginaire de l'espace ancré dans une pensée mythique.

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Vendredi 29 février 2008
par zoomette publié dans : Zoom 1 : sujet d'études

Un Roman Rapsodique :

Publication en avril 1939. Classique de la littérature américaine réaliste. Il peint la lente germination de la révolte d'hommes et de femmes confrontés à une situation économique nouvelle et insupportable.

1 : La dépression du documentaire au roman :

La matrice du roman :

150 000 migrants qui sillonnent l'Etat sans ressources et sans domicile fixe. Indispensables à l'équilibre économique de la région, ces travailleurs sont accueuillis avec hostilité. On leur reproche leur ignorance et leur saleté.
Hoover (1929-1932)
Dans cette errance désabusée qui jour après jour abolit l'orgueil, la perte d'un enfant provoque un sursaut de dignité et fait germer une colère sourde dans ces âmes fatiguées. Processus de déshumanisation progressive. 
Ceux qui parviennent à se faire embaucher comme saisonniers à l'époque des récoltes sont victimes de l'attitude des fermiers qui les entassent dans les cantonnements minuscules et sous-équipés. Une douche pour 400 personnes. Craignant une révolte de leurs employés, les fermiers font, en outre, garder ces installations précaires par des milices armées qui n'hésitent pas à ouvrir le feu à la moindre incartade.
Sous la présidence de Franklin D. Roosevelt (élu en 1932), tente de venir en aide à ces travailleurs avilis. Redonner une dignité à des citoyens qui ont tout perdu semble être l'objectif de l'intervention gouvernementale.
Ces camps permettent aux travailleurs de retrouver leur pleine dignité d'êtres humains. La qualité matérielle des équipements sanitaires sont destinés à leur faire oublier les conditions de vie sordides des " Hoovervilles". C'est aussi le mode de gestion de ces communautés gouvernées par les résidents eux-mêmes, dans une atmosphère de socialisme utopique, qui leur procure un apaisement. Dans ses articles, Steinbeck donne le niveau social de ces familles , et aussi la ration alimentaire typique d'une famille ordinaire : la malnutrition endémique affaiblit les adultes, menace les enfants et compromet les chances de survi des nouveaux nés.
La moralité des migrants, les changements drastiques du paysage économique et social, la faim comme moteur de l'angoisse et de la révolte, l'opposition entre les "Hoovervilles" et les camps gouvernementaux sont abondamment illustrés dans le roman. Le camp de Weedpatch où s'installe momentanément la famille Joad est calqué, par exemple, sur un camp gouvernemental visité par Steinbeck. 
Steinbeck mêle le reportage à la fiction. Contrairement à ses articles, son roman ne propose pas de solution ni même de conclusion. Il restitue fidèlement les conditions de vie sordides infligées à des milliers de travailleurs en Californie. Il met des mots sur ces maux tus ; il donne une vois à tous ces fermiers marginalisés malgré eux par une société devenue anonyme.

Les migrants : document :

L'hostilité des vigiles qui gardent les fermes pour faire dégurpir les migrants est dépeinte à plusieurs reprises : Chapitre XVIII : les gardes ressemblent étrangement à des miliciens. Chapitre XIX : le recrutement de la main d'oeuvre est effectué dans un déploiement de forces armées (p.370) La moindre protestation y est immédiatement taxée de communisme : "Il cause comme un rouge " (p. 370).
La fonction de ces représentants de la loi est double : aider au recrutement de la main-d'oeuvre bon marché, en canalisant les foules dociles, et écarter pour l'exemple les éléments décrétés indésirables.

La route 66 et l'itinéraire des Joads :

Il est possible de retracer précisément l'itinéraire des Joads sur une carte. Le voyage commence à Sallisaw ; un premier arrêt pour prendre de l'essence à Paden est aussi l'occasion d'affronter les premières marques d'hostilité. Juste après Oklahoma City, à Bethany, c'est la rencontre avec une autre famille, les Wilson, qui campent au bord de la route, et c'est là que le Grand-père Joad meurt. Après la traversée du Texas, c'est le Nouvezu-Mexique où le camion tombe en panne vingt milles après Santa Rosa. Ils pénètrent dans la région des hauts Plateaux de l'Arizona. Après Flagstaff, ils arrivent au bord du fleuve, le Colorado, et installent leur campement à Topak. Près de Needles, Noah décide de ne pas poursuivre le voyage. Ils commencent de nuit leur traversée du désert de Mojave. A Dagget, inspection de leurs fruits et légumes pour le passage du poste frontière. Plein d'huile et d'eau à Mojave. Ils traversent Tehachapi à l'aube et l'immense vallée. C'est une fois en Californie que la mère révèle à sa famille que la grand-mère est morte et la signature du certificat de décès de la grand-mèr eofficialise l'arrivée en Californie, au début du chapitre XX.
Le premier camp rencontré = Hooverville. Connie déserte, Casy part en prison, à la place de Tom et l'oncle John se soûle.
A Bakersfield, vigiles en colère.
Chapitre XXII : Weedpatch : le camp du gouvernement. Le bal. Les provaocateurs sont neutralisés. 
A Pixley, à 35 milles de Weedpatch, à la ferme Hooper, les Joads découvrent, mais trop tard, qu'en acceptant de cueillir des pêches pour une somme dérisoire, ils jouent le rôle de briseurs de grève. 
Casy, engagé dans l'action syndicale, est tué par les gardes, car on le soupçonne d'être l'ami des "rouges". Tom tue son agresseur et s'enfuit.
La famille repart jusqu'aux champs de conton et s'arrête dans un camps de wagons à une vingtaine de milles de Pixley. 
Tom se cache dans les fourrés qui bordent la rivière. Scène de la grange avec Rose de Saron.

Une dignité perdue :

Dust Bowl désigne la région allant du Texas au Dakota du Sud, qui fut envahie par des tempêtes de poussière dès novembre1933.

Les immigrés sont affublés d'un nom péjoratif, Okie, qui suffit à stigmatiser leur rejet.

"Okie" fit Tom. Qu'est-ce que c'est que ça ?
"Ben, dans le temps, c'était le surnom qu'on donnait à ceux de l'Oklahoma. Maintenant, ça revient à vous traiter d'enfant de putain"
Dès leur arrivée en Californie, lorsque les Joad s'installent dans un campement sur les rives du Colorado, ils ne tardent pas à subir cette insulte.

Contraste entre "Hoovervilles" et camps gouvernementaux :

Le contraste entre les bidonvilles spontanés issus de la crise et les camps du gouvernement fédéral de Roosevelt est repris et on retrouve dans la trame romanesque les thèmes de ses comptes rendus journalistiques.
Chapitre XI dépeint l'installation des familles de migrants dans les "Hoovervilles". L'arrivée des Joads dans le camp gouvernemental de Weedpatch consacre le retour des hommes dans un monde civilisé où leur dignité leur est rendue.
La capacité des enfants à se laisser surprendre par le confort moderne apporte un répit dans une tension croissante et suggère que l'acceptation d'une nouvelle donne sociale passera par la jeune génération, qui, vierge de toute nostalgie, est déjà tournée vers l'avenir. Ces hommes retrouvent leur fierté d'êtres humains non quelement parce qu'ils peuvent restaurer leur intégrité corporelle, mais surtout parce que le tissu social du camp les intègre au lieu de les exclure, ce que Ma Joad exprime ainsi : "Dieu soit loué. Nous avons enfin retrouvé les nôtres." 
Le maintien de l'ordre par les hommes du camp eux-mêmes symbolise le retour à une communauté humaine civilisée. Le bal du samedi soir est un moyen d'intégration à la collectivité rurale au sens large. 
L'expérience des Joad au camp gouvenemental ne sera qu'une parenthèse apaisante, un arrêt momentané de leur dérive, mais n'apportera pas de solution puisque le travail manque encore. 
Même dans ce lieu protégé, rien de bon ne pouvait se développer. 

La peur des rouges : 

Censés, dans la réalité, servir de modèle, ils furent très mal ressentis par les propriétaires terriens peu disposés à donner des conditions de vie décentes à de simples ouvriers saisonniers.
Même s'il ne se réduit pas à un message social, ce roman contient ainsi des éléments tirés de l'expérience de l'auteur au contact des travailleurs immigrés et des observations qu'il a pu faire sur le terrain.

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